Histoire de l'art — Contexte & Singularité
- La France vient de sortir d'un siècle de cauchemar : la Guerre de Cent Ans. Charles VII règne, et son trésorier Étienne Chevalier commande au peintre le plus doué de son temps un diptyque de dévotion pour la collégiale Notre-Dame de Melun.
Ce que Fouquet crée est un acte de transgression absolument stupéfiant : la Vierge Marie — mère de Dieu, icône sacrée, figure intouchable — est peinte sous les traits d'Agnès Sorel, la maîtresse du roi Charles VII. La même Agnès Sorel que tout Paris connaît. Et ce sein gauche qui jaillit du corsage délacé, parfaitement rond, presque géométrique — c'est le sein d'Agnès Sorel, érigé en icône sacrée. Offert à la prière des fidèles de Melun.
Quel culot. Quel génie. La Vierge de Fouquet est d'une pâleur de porcelaine, entourée d'anges rouges sang (séraphins) et bleus cobalt (chérubins) d'une étrangeté hypnotique. La composition anticipe le XXe siècle : tête ronde, sein rond, fond bleu-noir, contraste radical.
Fouquet avait fait le voyage d'Italie dans les années 1440, avait vu les Florentins, avait peint le pape Eugène IV. Il rapportait en France une maîtrise technique totalement nouvelle.
Le diptyque fut séparé à la Révolution. Le volet gauche (Étienne Chevalier et saint Étienne) est à Berlin. Le volet droit est à Anvers. Deux pays — mais une œuvre qui fascine depuis 570 ans.
Commanditaire
Étienne Chevalier, trésorier de France sous Charles VII


